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« Agenda pour un tourisme européen compétitif et durable » ou l’art d’enfoncer les portes ouvertes !
Comment concilier compétitivité et développement durable dans l’industrie touristique ? C’est sur ce thème qu’un « agenda pour un tourisme européen compétitif et durable » vient d’être publié (19.10.2007 – COM(2007)621) par la Commission européenne après un processus de plusieurs années de réflexion et de concertation. La Commission n’a certes pas de compétence en matière de tourisme mais intervient au titre de ses politiques « Entreprises et industrie » lorsqu’elle mise sur ce secteur florissant pour doper les objectifs de Lisbonne (compétitivité et emploi). Malheureusement, une fois encore, lorsqu’il s’agit de tourisme durable, la Commission est bien peu convaincante…
Après la Communication de 2001 (COM(2001)665) sur le « tourisme durable » et 3 années de travail par 22 experts européens représentant les différentes filières du tourisme, nous (enfin, ceux que le sujet intéresse) attendions impatiemment cet agenda, fruit de la confrontation de nombreuses expériences, riche de propositions et d’outils innovants, d’instruments financiers pertinents…
Il faut pourtant se rendre à l’évidence : la lecture de cet agenda nous conduit à déplorer son contenu ou plutôt son vide intersidéral. Les objectifs fixés se résument à une litanie de lieux communs et de grands principes vides de substance sur le développement durable : « adopter une approche intégrée… », « planifier sur le long terme… », « minimiser et gérer les risques… ». Un « Grenelle » du tourisme tenu sur trois années et aboutissant à un document aussi général et peu opérationnel représente un gaspillage de temps, d’argent et d’énergie, qui n’a rien – convenons-en - de très durable. Par ailleurs, il est incroyable de constater à quel point la Commission est capable d’auto-persuasion. Elle rappelle à chaque page que « de la durabilité du tourisme dépend sa compétitivité », affirmation qui relève du vœu pieux lorsqu’elle n’est ni étayée ni argumentée. Et que dire du postulat plus que douteux selon lequel : « le changement climatique (…) dicte à l’industrie du tourisme de réduire sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre ». Depuis quand le tourisme subit-il le dictat du changement climatique ? Le nombre croissant d’aéroports « low cost » et le développement de l’industrie aéronautique au niveau européen n’abondent pas vraiment dans ce sens. Tout comme les propos tenus par Günter Verheugen, vice-président de la Commission européenne, à l’occasion du dernier forum européen du tourisme (Algarve, 26.10.07) sur la « gestion durable des destinations touristiques » : « Savez-vous que, actuellement, à peine 2% de la population chinoise voyage à l’étranger. Au fur et à mesure que ce pourcentage augmentera, ce qui ne pourra qu’être le cas, les opportunités économiques qui s’offriront à nous seront fabuleuses »… Entre « opportunités économiques fabuleuses » et respect des engagements de Kyoto, de la stratégie de Göteborg et du 6e Programme d’action pour l’environnement… le cœur de la Commission balance jusqu’à la schizophrénie !
Des engagements forts et concrets étaient attendus depuis l’annonce en 2001 d’un agenda 21 en faveur du tourisme durable. Malheureusement, on nous promet tout au plus le lancement d’ « initiatives à l’échelle européenne », sans davantage de précisions. Et ce n’est pas des récompenses accordées aux « destinations européennes d’excellence » (EDEN) que viendra la rédemption !
En résumé, pas de changement depuis la communication de 2001 : il nous est conseillé « d’utiliser les instruments financiers existants » et d’« inciter les Etats à mettre en œuvre des politiques appropriées ». Beaucoup de bruit pour rien…
octobre 2007 |