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La Biodiversité dans tous ses états ! (1ère partie)
Bien qu’elles soient souvent confondues, les notions de biodiversité et de nature sont bien différentes; la biodiversité participe d’une approche plus complexe, plus globale qui place les interventions en la matière au cœur de la démarche du développement durable associant des enjeux environnementaux, économiques, sociaux, politiques, éthiques dans un cadre à la fois local et planétaire.
Si certains rêvent d’une nature idéale, personne ne parle de biodiversité idéale. Nous dirions plutôt que l’idéal est la biodiversité !
Pour commencer précisons la notion de biodiversité.
À la définition officielle (et très scientifique) de l’article 2 de la convention pour la diversité biologique : « Variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes », nous préférerons la proposition suivante composée à partir des nombreuses autres définitions trouvées lors de nos recherches. « Etat biologique résultant de la présence d’êtres vivants (dont l’homme) dans un milieu (terrestre et aquatique) et des interactions plus ou moins proches dans l’espace comme dans le temps entre ces êtres vivants, ce milieu et son environnement».
Les politiques touchant la biodiversité se développent autour de 4 enjeux majeurs :
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Maintenir, préserver la biodiversité existante dans les milieux,
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Lutter contre la perte de biodiversité : les espèces invasives, la banalisation des milieux, certains modes de production agricole ou de développement économique, les effets du changement climatique étant considérés comme les principales menaces à la biodiversité,
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Valoriser la biodiversité de façon durable et lui assurer une protection collective,
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Partager de façon juste et équitable les ressources et les bénéfices issus de la biodiversité.
Sur ces enjeux, plusieurs approches guident les interventions :
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scientifique : connaissances sur l’état, le potentiel, le suivi de la biodiversité, sur les risques et les conséquences de la perte de biodiversité,
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technique : génie écologique, modes de gestion de la biodiversité, technologie de la valorisation de la biodiversité, méthodes et techniques de protection contre la perte de biodiversité,
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économique et financière : définition des valeurs de la biodiversité, utilisation des instruments du marché (taxation, financements), systèmes et outils économiques et financiers de compensation,
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sociale et politique : protection du vivant, responsabilité environnementale, pénalisation des atteintes à la biodiversité, intégration des préoccupations en matière de maintien et de protection de la biodiversité dans l’ensemble des politiques et activités (transport, agriculture, pêche par exemple), actions de mobilisation, d’information et de sensibilisation, Chartes et actions internationales.
Les politiques de défense de la biodiversité couvrant tout ou partie de ces domaines et approches se sont développées :
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Au niveau planétaire avec la Convention sur la diversité biologique (Rio-1992), confirmées et précisées à Malahide (Irlande) en mai 2004.
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Au niveau européen avec la Communication « Enrayer la diminution de la biodiversité à l’horizon 2010 et au-delà – préserver les services écosystémiques pour le bien-être humain » du 22 mai 2006
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Au niveau national français, avec la Stratégie nationale pour la biodiversité adoptée en 2004. Le territoire français contient 5 des 25 « hot spots » mondiaux terrestres et 2 des 10 « hot spots marins » - zones très riches en biodiversité et très menacées.
Au niveau européen, il faut signaler dès 1998, une « stratégie communautaire en faveur de la diversité biologique », en 2001, un plan d’action dans les domaines des ressources naturelles de l’agriculture, de la pêche et de l’aide au développement et de la coopération économique, en 2005, la stratégie thématique sur l’utilisation durable des ressources naturelles et en mai 2007 une résolution du Parlement européen intitulée « Mettre un terme à l’appauvrissement de la biodiversité d’ici 2010 ».
Au niveau français, il faut aussi signaler le récent rapport des sénateurs Pierre Laffitte et Claude Saunier « La biodiversité : l’autre choc ? L’autre chance ? » qui se sont plaints que ce sujet n’ait pas été suffisamment pris en compte lors du Grenelle de l’environnement.
Malgré toutes ces initiatives, il ressort d’une enquête réalisée à l’initiative de l’agence européenne de l’environnement en novembre 2007 auprès de 25 000 personnes que les européens n’ont qu’une très vague idée de ce que représente la biodiversité, globalement assimilée à la nature. Plus des deux tiers des personnes interrogées ne savaient pas ce qu’est la biodiversité (celles qui connaissaient la définissent surtout comme un concept focalisé sur les espèces), 80% n’avaient jamais entendu parler de Natura 2000), presque la moitié pense que la perte de la biodiversité est un grave problème à l’échelle du pays, mais que son impact est plus important au niveau mondial. La majorité a décrit la conservation de la biodiversité comme une obligation morale, signalant une volonté de faire plus pour la préserver mais ne sachant souvent pas quoi faire.
La question du « passage à l’action » est donc posée avec celle de l’interdépendance des interventions dans un domaine aussi complexe. Nous avons relevé quelques approches privilégiées et souligné quelques projets exemplaires.
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l’acquisition de connaissance avec l’exemplaire initiative Encyclopedia of life du programme Biodiversity de l’Heritage Library de l’Université de Harvard et le Natural History Museum de Londres,
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la relation entre changement climatique et biodiversité : thème du prochain congrès de l’association française pour l’avancement des sciences (AFAS),
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la démarche économico-financière visant d’une part à donner une valeur à la biodiversité (ou à la perte de biodiversité), d’autre part à mettre en place un fonds de compensation de la biodiversité : en gestation depuis plusieurs années (cf. notre lettre n°28 et notre article M comme Mitigation) le projet de la Caisse des Dépôts porté par la Société forestière a abouti à la création d’un fonds de compensation dénommé CDC-Biodiversité » doté de 15 M€,
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les liens entre biodiversité et business ont fait l’objet d’une conférence qui s’est tenue à Lisbonne en novembre 2007. Cette conférence a abordé les relations entre les entreprises et la biodiversité de différentes manières : l’impact des activités industrielles sur la biodiversité, le développement économique issu de la valorisation de la biodiversité d’une part, du génie écologique d’autre part, le rôle des entreprises dans la protection de la biodiversité, l’intérêt des entreprises dans la participation aux politiques et actions de protection de la biodiversité au titre de leur responsabilité sociétale,
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la lutte contre les espèces invasives (invasive aliens species) pour laquelle les actions à mettre en œuvre font l’objet d’une consultation spécifique jusqu’à la fin du mois de mars,
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la création d’un GIEC de la Biodiversité à l’initiative de la France, annoncé fin février et qui devrait prendre la suite du Mécanisme international d’expertise scientifique sur la biodiversité (IMoSEB).
Le Conseil des ministres européens de l’environnement réuni le 3 mars 2008 avait dans son ordre du jour la préparation de la conférence internationale de Bonn sur la convention sur la diversité biologique. Il s’est aussi préoccupé du financement de la mise en œuvre de cette convention pour lequel une communication est attendue avant de la fin de l’année 2008.
En novembre 2008, est également programmé un rapport d’avancement à mi-parcours sur les engagements de « Halting the loss of biodiversity ». Un tableau d’avancement (arrêté à décembre 2007) des 10 objectifs prioritaires est d’ores et déjà disponible sur le site Biodiversité de la DG Environnement (http://ec.europa.eu/environment/nature/knowledge
/rep_biodiv_ap/pdf/2007_report_annex.pdf).
Au niveau européen, plusieurs instruments financiers peuvent intervenir pour soutenir les projets de la biodiversité . Nous en détaillerons le fonctionnement et les résultats dans un prochain article.
Quelques dates à venir :
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19-21 mai 2008 colloque européen « Biodiversité et développement territorial » en conclusion du projet LIFE Nature et territoires
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22 mai : journée internationale de la Biodiversité
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22 et 23 mai 2008 à Paris, 120e congrès de l’association française pour l’avancement des sciences sur « la relation entre changement climatique et biodiversité »
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19-30 mai 2008 : 9e conférence des parties de la Convention pour la diversité biologique à Bonn
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17 au 21 novembre 2008 : journées scientifiques et réunion semestrielle de l’EPBRS coordonnées par l’institut français de la biodiversité avec pour thèmes : évaluation des dommages à la biodiversité et compensations, ingénierie écologique, intégration de la biodiversité dans les stratégies d’entreprises.
Quelques références de documents :
« Progress towards halting the loss of biodiversity by 2010 », rapport de l’agence européenne de l’environnement n°5/2006 http://reports.eea.europa.eu/eea_report_2006_5/en
« Attitudes of Europeans towards the issue of biodiversity » Flash Eurobarometer décembre 2007, réalisé par The Gallup Organization. http://ec.europa.eu/public_opinion/flash/fl_219_en.pdf
Les « Business et biodiversité newsletters : Business 2010 » dont les numéros « Banking for biodiversity » et « Technology tranfer » disponibles sur : www.cbd.int/business/newsletter.shtml
Rapport de l’UICN et d’Insight investment : « Biodiversity offsets : views, experience and business case » sur les systèmes de compensation.
www.iucn.org/themes/business/Biodiversity%20Offsets
/ten%20kate%20et%20al%20paper.pdf
Rapport des sénateurs Laffitte et Saunier « La biodiversité : l’autre choc ? l’autre chance ? » déposé le 12 décembre 2007. www.senat.fr/rap/r07-131/r07-131.html
Les marchés de la biodiversité (éditions de l’IRD, 2007)
www.gis-ifb.org/actualite/les_marches_de_la_biodiversite
Présentations de la conférence « The economics of the global loss of biological diversity » qui s’est tenue les 5 et 6 mars 2008 à Bruxelles : disponibles sur www.ecologic-events.de/eco-loss-biodiv/index.htm
“The use of market incentives to preserve biodiversity” : étude financée par la Commission européenne et réalisée par le bureau allemand Ecologic : www.ecologic.de
Quelques sites de référence :
Convention de la diversité biologique : www.cbd.int
Institut français de la biodiversité (IFB) : www.gis-ifb.org
Centre d’échanges français pour la convention sur la diversité biologique (Museum national d’histoire naturelle) : http://biodiv.mnhn.fr
Convention nationale pour la biodiversité : http://biodiv.mnhn.fr/convention/cbd_national
Politique européenne de la biodiversité : http://ec.europa.eu/environment/nature/knowledge/rep_biodiv_ap/index_en.htm
Site de l’encyclopedia of life : www.eol.org
Site international des organisations soutenant les propositions de la CBD : http://www.countdown2010.net/
Centre d’échange de la Communauté européenne pour la diversité biologique : http://biodiversity-chm.eea.europa.eu/information/F1059808330
http://www.epbrs.org : site du European platform for biodiversity research strategy (EPBRS) qui rassemble les instituts et groupes de chercheurs européens dans le domaine de la biodiversité et organise chaque semestre des rencontres scientifiques.
Site du projet DAISIE (delivering alien species inventories for Europe) : http://www.europe-aliens.org/
Quelle valeur pour la biodiversité ?
Dans une chronique publiée dans le supplément économique du Monde du 12 février sous le titre « Frais comme un gardon » Antoine Reverchon relate des travaux d’économistes relatifs à la détermination d’une valeur « des services rendus par la rivière ». Il montre comment a été construit un modèle permettant de chiffrer (monétiser) l’accès gratuit au Gardon à partir de l’application du prix que les usagers sont « prêts à payer ».
L’article très fouillé publié dans la note de veille n°89 (du 4 février 2008) du centre d’analyse stratégique sous le titre « La valeur du vivant : quelle mesure pour la biodiversité » (http://www.strategie.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=12) montre que les approches économiques par la valeur de l’ensemble des services rendus (usage direct ou indirect, usage potentiel, valeurs d’héritage et d’existence) sont encore à approfondir. La valorisation de la biodiversité se heurte à l’absence d’unité commune de mesure et de marché – le plus souvent remplacé par le « consentement à payer » mentionné ci-dessus. L’approche fonctionnelle (approvisionnement, support, régulation, social), développée dans le Millenium Ecosystem Assessment offre une perspective complémentaire : plus d’infos : http://www.millenniumassessment.org.
Ces approches économiques seront cependant utiles (et probablement utilisées) lors de la mise en œuvre de la Directive 2004/35 sur la responsabilité environnementale en cours de transcription en droit français même si celle-ci impose la nécessité de la réparation la plus complète du fonctionnement des milieux naturels en cas de dégradation non autorisée au travers de mesures de compensation « service pour service » ou « ressources pour ressource ». Ce sera, dans ce cas, le coût de l’ingénierie de restauration qui déterminera la valeur de la biodiversité. Cette approche est fiable, mais elle est de peu d’utilité pour la définition des politiques publiques en matière de préservation de la biodiversité.
Citons, pour finir ce tour d’horizon économique, l’article de Philippe Askenazy publié dans Le Monde du 13 février sous le titre « Peine de mort pour les économistes ». En commentant les études réalisées aux Etats unis sur le coût et l’intérêt économique de la peine de mort ou des mauvaises conditions d’incarcérations, il se conclut sur « La démarche économique peut-elle coloniser tous les domaines de l’humain en s’affranchissant d’une réflexion éthique ? ».
mars 2008 |